Garde-corps du pont Mirabeau. Photo Vincent Delaveau.
Au XII
e siècle, une barque chargée de marchandises, comme celles qui approvisionnent Paris alors, apparaît sur le sceau de la corporation des marchands de l'eau, des commerçants utilisant le fleuve pour leurs échanges. On a longtemps vu dans cette corporation l'héritière des nautes antiques mais sans certitude finalement. Quoi qu'il en soit, les marchands de l'eau reçoivent peu à peu du pouvoir royal des prérogatives dans la gestion de la ville et finissent par former la municipalité parisienne. Voilà d'où vient notre bateau. Le bureau de ville, composé d'échevins sous l'autorité du Prévôt des marchands, jouant un rôle croissant, n'a pu rapidement davantage se contenter d'une barque. Un mât apparaît, puis un château à l'arrière, puis un à l'avant, puis un deuxième mât, puis un troisième... Les voiles se gonflent, les flots s'agitent. La modeste barque est devenue une fière nef qui « est battue par les flots mais ne sombre pas ».
Sous différentes formes, au fil du temps, l'embarcation est de plus en plus associée à la ville : sceau puis armoiries, plans et documents officiels, objets décoratifs, cadeaux diplomatiques, décors éphémères de grandes cérémonies.
À partir des années 1880, pour accompagner la forte croissance de la population et répondre à des besoins nouveaux, la ville de Paris mène une dynamique politique de construction d'équipements : ponts, bains-douches, dispensaires, écoles, mairies d'arrondissements, piscines et gymnases, musées, installations techniques diverses... Dans un contexte d'affirmation des compétences de la ville face à un État omniprésent, le bateau prolifère sur ces constructions comme un acte politique. Les architectes et artistes ont laissé libre cours à leur imagination pour créer des bateaux aux dimensions, formes, styles et matériaux d'une grande variété. Cette conférence s'achèvera donc par une flânerie virtuelle en bateau dans tous les arrondissements parisiens.