En 1896, le passant surpris, parfois médusé, découvre les lignes mouvementées, les matériaux variés, les couleurs et l'exubérant décor du Castel Béranger. D’après un journaliste de l’époque, les masques grimaçant et les diables escaladant la façade « font se signer à vingt pas toutes les vieilles femmes de l’arrondissement ». Guimard semble avoir gagné son pari d’un art à la fois nouveau et « total » il va jusqu’à dessiner les papiers peints et les boutons de porte. Le Castel « dérangé » constitue en tout cas une étape décisive dans la carrière de l'architecte. Sa renommée lui vaudra peu de temps après la prestigieuse commande des entrées du métropolitain.
Ce parcours, d’immeubles de rapport en hôtels particuliers, permet d’appréhender l’évolution de l'œuvre de Guimard jusque dans les années 1920 alors que l’usage du béton armé s’est généralisé et que l’art nouveau est détrôné par l’art déco et le mouvement moderne. Ses réalisations montrent son souci de rationaliser la construction, de s'adapter à l'évolution du contexte urbain mais également son attachement profond et durable aux formes élaborées autour de 1900.