D'extérieur,
l'hôtel de Lauzun ne paie pas de mine. Il glisse
discrètement sa sobre façade entre celles de ses
voisins
du quai d'Anjou, sur l'île Saint-Louis. Manifestation du
goût de l'époque - le milieu du XVIIe
siècle - ou
discrétion de son propriétaire sur l'importance
et
l'origine de sa fortune ? Sans doute les deux.
Quoi qu'il en soit, la perle est à l'intérieur. La perle, ce sont les exceptionnels salons peints et dorés, décor conçu à l'époque où Mazarin régnait sur la France, exemple de cette ampleur unique à Paris. Opulence, inventivité, théâtralité... ces trois mots résument assez bien cet intérieur de financier. Ici un petit paysage vaporeux dans un cadre de faux marbre, là une femme agenouillée sur ses pattes d'oiseau, à la voussure un éphèbe soulevant une éclatante tenture, au plafond une grâcieuse Vénus à sa toilette, dans le cabinet un savant treillage de volutes orné de fleurs peintes au naturel...
Ces beaux murs furent un temps la propriété du comte de Lauzun, héros de l'une des plus rocambolesques histoires d'amour de la cour de Louis XIV. Ils furent aussi, dans les années 1840, le cadre du "club des haschichins", autour de Baudelaire, locataire d'un appartement dans l'hôtel.